Madame Figaro ( Juillet 2016)

Elle incarne une féminité frondeuse et juvénile, affranchie des diktats hollywoodiens. Égérie beauté Chanel depuis 10 ans et nouvelle ambassadrice des bagues Coco Crush, l’actrice poursuit une carrière cinématographique brillante, tout en menant une vie rangée à Londres. Rencontre.

mdmfUn matin londonien. Le soleil nous fait la politesse d’apparaître timidement. Dans un studio photo aux immenses baies vitrées, Keira Knightley est alanguie sur un lit défait, en collant résille, veste en tweed et sautoir. Le regard incandescent, sa moue légendaire ornée de rouge Coco, le rouge à lèvres iconique de la maison. Rock and roll. Avec les Rolling Stones pour bande-son.

Adolescente, cet ex-garçon manqué, capitaine de l’équipe de foot féminine de son école, regardait Autant en emporte le vent en boucle. C’est ce mélange d’espièglerie yang et de glamour yin qui frappe le plus chez elle. On comprend que Karl Lagerfeld ait confié le rôle de Gabrielle Chanel à cette vraie-fausse ingénue, brune piquante et volontaire, dans un court-métrage, Once Upon a Time. Et qu’elle soit pressentie pour incarner Colette, l’auteur de Chéri.

Choisie à 14 ans pour jouer Sabé dans Star Wars, la menace fantôme, cette enfant de la balle qui réclamait, dès 3 ans, un agent à ses parents (acteur et scénariste) s’est tissé une filmographie sans fautes, entre blockbusters planétaires (Pirates des Caraïbes), nomination aux oscars (Orgueil et Préjugés et Imitation Game) et films d’auteur (Une dangereuse méthode, de David Cronenberg). Elle arbore une rafraîchissante décontraction British face au grand cirque de la célébrité. Volontairement à l’abri des paparazzades et posts Instagram, l’épouse du musicien James Righton a donné naissance à une petite Edie en 2015. L’année de ses 30 ans. Interview d’une jeune star vive et spontanée.

Madame Figaro.Vous êtes associée depuis dix ans à l’image du parfum Coco Mademoiselle. Vous sentez-vous plus une madame depuis votre union avec James Righton en 2013 ?

Keira Knightley. – Pas vraiment. Je n’avais jamais fantasmé sur le mariage en soi, peut-être parce que j’ai toujours pensé que mes parents s’étaient épousés pour le crédit de la maison ! Quand James m’a fait sa demande, je me suis dit que c’était une expérience inédite et géniale à vivre. Mais j’ai refusé d’abandonner mon patronyme. Je trouvais ça bizarre ! Edie (sa fille, NDLR) porte le nom de son père, ma mère a gardé son nom de jeune fille et moi aussi. Chez nous, c’est une tradition féminine de maintenir cette singularité. J’y tiens beaucoup.

Anna Karénine, The Duchess, A Dangerous Method, Imitation Game… Vous aimez les personnages corsetés, au propre comme au figuré. Pourquoi cette fascination ?

C’est devenu le fil rouge de ma filmographie. J’ai souvent porté des corsets à l’écran, et c’est une belle métaphore pour une thématique très humaine, qui motive tous nos comportements : que ce soit financièrement, pour des raisons de santé, ou comme pour la scientifique Joan Clarke d’Imitation Game, qui n’avait pas le droit de travailler dans un milieu masculin, à cause des conventions sociales… Même si ce n’est qu’une impression, nous nous sentons tous entravés à un moment ou à un autre. Le fait que je sois une femme, mon apparence, mes origines peuvent être une force ou un handicap, mais ce sont déjà des prisons, des cages, des étiquettes. J’aime comprendre comment s’en accommoder. Ou comment s’en défaire.

Vous êtes une star globale depuis Pirates des Caraïbes, en 2003. Pourquoi avoir quitté Hollywood pour vivre à nouveau à Londres ?

Si je reste trop longtemps en Amérique, je ne me sens pas à ma place. M’adapter à la bulle hollywoodienne me demande un effort constant. J’avais atteint un degré de célébrité qui me mettait mal à l’aise et que je me savais incapable de gérer. Je me suis volontairement coupée des rôles qui allaient me surexposer. J’ai longtemps culpabilisé, mais plus maintenant ! J’ai la chance de savoir que la Grande-Bretagne est ma maison. Je me sens autant chez moi en France, où je me suis mariée (à Mazan, en Provence, NDLR). À Londres, je suis confrontée à une diversité qui nourrit mon jeu.

Contrairement aux autres, vous ne demandez pas à voir les photos de vous. De plus, vous êtes absente des réseaux sociaux et des magazines people. Quel rapport entretenez-vous avec votre image ?

Je fais confiance à des photographes professionnels, comme Mario Testino pour a campagne à la rentrée, et aux réalisateurs pour s’occuper de mon image. Je ne souscris pas à la philosophie autocentrée des médias sociaux. Culturellement, la Grande-Bretagne n’encourage pas la starification. Nous mettons toujours notre ego en sourdine, à l’inverse des acteurs hollywoodiens. Mais eux incarnent, avec raison, l’idéal fantasmé de ce qu’une star devrait être… Je me considère comme une actrice qui se retrouve de temps en temps dans la position d’une star. Atteindre ce juste équilibre requiert un effort constant, mais c’est une hygiène de vie essentielle pour moi.

En 2015, vous avez eu 30 ans, un bébé, et fait vos premiers pas à Broadway dans le rôle-titre de Thérèse Raquin. Vous n’avez pas eu peur de cumuler les défis ?

J’avais besoin de me retrouver après la naissance de ma fille et les trois mois de nuits blanches à se relayer auprès d’elle avec mon mari. C’est un challenge et une nécessité pour toutes les mamans, je crois. Qu’elles choisissent de rester à la maison ou de reprendre une activité. Je ne voulais pas mettre ma carrière en pause indéfiniment et la culpabilité allait me pousser à rester auprès d’Edie si je prolongeais mon congé. Aussi compliqué que cela a été pour notre famille,je ne le regrette pas. La maternité m’a appris à aller à l’essentiel. Jouer en fait partie. Nous entamons donc une phase nomade à trois, au gré de nos engagements respectifs, et c’est une jolie aventure en soi.

Coco Chanel a dit : « À un certain age, une femme doit choisir entre son derrière et son visage. » De quel côté penchez-vous ?

Le visage, sans hésiter ! Qui choisirait l’alternative ? La mode peut aisément gommer certaines formes, en mettre d’autres en valeur. Regardez les robes des années 1950 ! Mon corps a changé depuis la naissance de ma fille. Ma cage thoracique, par exemple, s’est ouverte et ne se refermera probablement pas. Et alors ? On ressent la pression sociale et médiatique de « retrouver sa silhouette d’avant la grossesse ». Mais elle ne sera jamais exactement la même ! J’ai créé un être humain, pourquoi revenir à mon corps d’avant ? Je préfère plutôt aller de l’avant.

Madame Figaro. – Dix ans que vous êtes une égérie de la maison. Que représente la femme Chanel à vos yeux  ?

Keira Knightley. – Elle est libre, elle a du caractère et ne se prend pas au sérieux. Même si l’on considère le tailleur comme un uniforme au féminin, il reste versatile : on peut le rajeunir ou le rendre plus formel. C’est ce qui me plaît  ! La femme Chanel a de la force. Au sens girl power. Elle est celle à qui l’on rêve de ressembler, mais sans y parvenir tous les jours. Je peux déjà faire semblant d’être une grande personne en m’habillant comme elle.

Comment définiriez-vous votre style  ?

J’aime rendre les pièces plus chics ou décontractées en les mixant, twister mon look selon mon humeur. Mélanger les looks jour et nuit. Mon placard regorge de vestes fabuleuses et de robes sublimes. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est emprunter le jean ou le pantalon de mon mari et le porter avec une veste de tailleur. Ou pour une robe en soie délicate, choisir des brogues shoes ou des sandales et un panier en osier. Je suis nulle dès qu’il faut avoir l’air habillée. Dieu merci, des stylistes m’aident pour les tapis rouges  !

Vous étendez votre collaboration maison à la joaillerie Chanel en représentant les bagues Coco Crush. Quel type de bijoux portez-vous le plus  ?

Les Coco Crush en trois couleurs justement, mais aussi les boucles d’oreilles étoiles et la petite bague Camélia. Pour les soirées, il m’est arrivé de m’amuser à transformer une broche Plume en diamants en bijou à cheveux.