Keira Knightley pour L’Express
2018 / Déc / 12

LA FACE CACHÉE DE KEIRA KNIGHTLEY

Sur grand écran, elle apparaît plus souvent vêtue d’un corset que d’un tailleur. A la ville, pourtant, le quotidien de Keira Knightley ressemble davantage à celui d’une ministre qu’à celui d’une jeune femme au xixe siècle. En cette fin d’année 2018, la belle Britannique défend trois films, dont l’excellent Colette, mis en scène par Wash Westmoreland. Ce long-métrage, aux allures de manifeste féministe, pose des questions très contemporaines. On y découvre la future romancière, cherchant sa voie, s’essayant à la littérature et s’émancipant du joug de son mari, le terrible Henry Gauthier-Villars, dit Willy. Autant de sujets qui passionnent Keira Knightley, dont la performance fiévreuse sidère par sa justesse et son intensité.

Qu’est-ce qui vous a poussée à accepter ce rôle?

J’ai immédiatement adoré le scénario. Je savais, au fond, bien peu de choses au sujet de Colette. Notamment, j’ignorais tout de son premier mariage avec Henry Gauthier-Villars, et de sa relation amoureuse avec Mathilde de Morny. J’ai été frappée par la modernité de son histoire.

Aviez-vous lu ses textes?

Certains. Enfant, on m’avait fait découvrir Chéri et La Fin de Chéri. J’avais vu, également, l’adaptation de sa nouvelle Gigi par Vincente Minnelli. Par ailleurs, c’est une auteure dont l’influence a été déterminante sur ma mère, qui est dramaturge et écrivain. Je me souviens qu’elle collectionnait les presse-papiers, comme Colette, et me répétait que c’était une façon de lui rendre hommage.

Et comment ce film résonne-t-il avec notre actualité?

Le féminisme et la problématique du genre, abordés sur le plan politique, sont au coeur du scénario. On y découvre une femme qui se libère de l’emprise de son mari, pour s’affirmer en tant qu’écrivain. Je vous rappelle que Henry Gauthier-Villars se faisait passer pour l’auteur des textes de sa femme. Colette a dû se battre pour faire sa place dans le milieu littéraire de l’époque. Son oeuvre traite de la condition féminine, dans sa plus stricte vérité. Et ce sujet, aujourd’hui encore, reste éminemment subversif.

Voyez-vous une ressemblance entre Colette et Coco Chanel, la créatrice de la maison de mode dont vous êtes l’ambassadrice?

Bien sûr. Ce sont deux femmes d’une énergie débordante, qui sont parties de rien pour s’emparer courageusement de leur destin. Toutes deux étaient des battantes. Certainement pas des saintes mais elles s’imposent dans l’Histoire comme des femmes incroyables.


Est-il difficile de concilier une carrière de mannequin avec celle de comédienne?

Non, pas vraiment. J’ai beaucoup de chance de travailler pour Chanel. Cette collaboration me donne une stabilité financière et me pousse à être exigeante dans mes choix au cinéma. Avec Chanel, j’ai pu aussi cesser de tourner quand j’ai eu ma fille, tout en restant, grâce aux campagnes publicitaires de la maison, en haut de l’affiche.

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été actrice?

Je serais incapable de vous répondre. J’ai voulu devenir comédienne à l’âge de 3 ans et j’ai eu la chance de ne pas avoir à me poser la question.

Quel film a joué un rôle déterminant dans votre filmographie?

Il y en a deux : Pirates des Caraïbes et Orgueil et préjugés. Ces « cartons » m’ont permis d’avoir la carrière que j’ai aujourd’hui.

Quel est le rôle dont vous êtes la plus fière?

A Dangerous Method, de David Cronenberg. Ce film a clivé l’opinion, j’en suis consciente. Mais j’ai rarement eu l’occasion de jouer un rôle aussi extrême avec un metteur en scène aussi exigeant. Tout s’est joué dans les détails. Il s’agit sûrement de mon expérience la plus audacieuse.

Où vous voyez-vous dans dix ans?

Dans l’Union européenne, je l’espère.


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