Interview pour L’Officiel Maroc (Mai 2018)
2018 / Mai / 27

Keira Knightley : « J’aurais adoré être psychologue »

Dans le nouveau spot publicitaire de Chanel, Keira Knightley est le visage de Coco Mademoiselle, l’Eau de parfum intense. Rencontre à Londres avec une actrice au féminisme revendiqué.

 

Plus irrésistible, déterminée et espiègle que jamais, Keira Knightley incarne Coco Mademoiselle, l’Eau de parfum intense de Chanel. Oriental frais mêlant agrume et senteur boisée, cette nouvelle version fait la part belle au patchouli. Nous sommes allés voir à Londres l’actrice et égérie du parfum le plus vendu dans le monde, qui incarnera prochainement au cinéma l’écrivaine Colette.

 

Quel est votre premier souvenir olfactif ?

Keira Knightley : Bonne question… Je pense que cela doit être l’odeur de la laque Elnett. Ma grand-mère avait une choucroute typique des années 1960, elle l’utilisait tous les jours.

Et celui lié à la maison Chanel ?

Ma grand-mère et ma mère portaient Chanel No 5.

Comment décririez-vous la nouvelle version de Coco Mademoiselle Eau de parfum intense ?

(Elle rit et se vaporise du parfum sur le poignet.) Intense, c’est un bon mot. Euh… frais… et il a quelque chose de plus profond également… profondeur. Voilà ! (Elle rit, soulagée.)

Si Coco Mademoiselle était… une époque ?

C’est une question difficile. Le Chanel No 5 est indéniablement classique. Je le renverrais aux années 1950. Mais ce n’est pas le cas de celui-ci. Ce n’est pas tout à fait maintenant… Alors je dirais qu’il est un souvenir d’hier. Oui, c’est cela, juste hier.

… un personnage ?

C’est Coco Chanel bien sûr ! Enfin ! (Rires.)

… une heure ?

Six heures. De l’après-midi et du matin. Au tout début de la nuit et à la fin.

Comment définiriez vous la femme Coco Mademoiselle ?

Elle est forte et singulière. Je pense qu’elle cherche avant tout son propre plaisir et sa propre façon d’être.

À quelle époque auriez vous aimé vivre en tant que femme ?

Mon Dieu… aucune ! (Rires.) En tant qu’homme, cela aurait été une autre question… J’ai toujours été fascinée par la période de la Seconde Guerre mondiale et par ces femmes qui ont géré seules leur famille et se sont mises à travailler en même temps.

Que vous inspire le réveil des consciences autour des droits et de la condition des femmes ?

Il était temps ! Le mouvement Time’s Up agit pour la protection des femmes dans leur sphère professionnelle. Aller au travail sans se faire harceler ou abuser, c’est une nécessité absolue. L’égalité des salaires n’est toujours pas acquise, et c’est également une nécessité absolue. Les questions de sexualité, de plaisir féminin et l’idée que la femme n’est pas là uniquement pour satisfaire les hommes sont des sujets fascinants qu’il était grand temps d’aborder.

La Grande-Bretagne célèbre les cent ans de l’obtention du droit de vote grâce aux suffragettes. Quel long chemin depuis…

En France, les femmes ont voté pour la première fois en 1945. C’est insensé ! Nous avons encore tellement à faire… Je suis ravie que les choses soient à nouveau mises sur la table.

Vous définiriez vous comme féministe ?

Oui, à 100 %.

Qu’auriez-vous aimé faire si vous n’aviez pas été actrice ?

Je n’ai jamais réussi à répondre à cette question, et c’est pour cela que je continue d’être actrice .

Quelle est la chose la plus importante que vous souhaitez apprendre à votre fille ?

En ce moment, j’essaye surtout de lui apprendre la politesse, “s’il vous plaît”, “merci”… (Rires.) Elle n’a que 2 ans et demi. Mais le plus important est la notion de consentement. Il faut apprendre aux filles à dire “non” clairement et énergiquement pour qu’elles soient capables de le dire haut et fort.

Quelles femmes admirez-vous ?

L’écrivaine américaine féministe Rebecca Solnit, qui a signé Ces hommes qui m’expliquent la vie. J’ai adoré ce livre. Il y a aussi la géniale Laura Bates, qui a créé le blog Everydaysexism.com, sur le sexisme ordinaire. Et enfin la politicienne britannique Stella Creasy, qui dénonce le sexisme en politique.

Quelles sont les figures féminines qui vous inspirent ?

Il y a bien sur l’écrivaine Colette, que j’incarne dans un film de Wash Westmoreland qui va bientôt sortir. Mais aussi Coco Chanel. Ce sont toutes les deux des femmes qui ont vécu leur propre vie, sans concessions. Elles ne sont pas toujours morales… mais indéniablement impressionnantes.

Avez-vous une devise ?

Non, j’aurais bien aimé… Peut-être “Échoue, échoue, échoue”. Quand je repense à mon enfance, en tant que fille, on ne m’a pas appris que l’on pouvait échouer et que cela était acceptable. Je visite beaucoup d’écoles en ce moment car je suis sur le point d’y inscrire ma fille, et je m’aperçois que l’on apprend désormais aux filles que ce n’est pas grave d’échouer.

Quels sont vos projets ?

Il va y avoir la sortie de plusieurs films : Casse Noisette et les quatre royaumes, Colette et The Aftermath. Et je vais bientôt tourner un film qui s’appelle Official Secrets.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre travail d’actrice ?

Me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre et essayer de comprendre le monde d’un point de vue différent du mien. Cela permet de se voir autrement et de faire une introspection.

Pensez-vous que vous auriez pu faire une bonne psychologue ?

Vous savez quoi ? En fait, j’aurais adoré en être une. Malheureusement, il faut des qualifications, et je n’ai pas fait d’études. Mais j’aime tellement écouter les histoires des autres…

Vous avez arrêté l’école à 16 ans, mais avez-vous fait des études de théâtre ?

Non, tout ce que j’ai appris, je l’ai appris en regardant les autres. Cela m’a pris du temps. Ce qui est intéressant, c’est que c’est un métier dans lequel on ne cesse de se perfectionner.

Quel est votre plus beau souvenir professionnel ?

Ce n’est pas forcément un souvenir, mais une impression. Quand on est acteur, on est en quête de ce moment d’absolu : lorsque j’ai joué Thérèse Raquin au théâtre, à Broadway, il y a eu deux représentations autour de la période de Noël où nous avons ressenti avec l’équipe cette… fluidité. C’est extraordinaire, car cela ne peut arriver que si toute l’équipe éprouve ce même sentiment.


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