ELLE France (Mars 2018)
2018 / Mar / 07

Keire Knightley est en couverture du magazine ELLE France qui sera disponible le 9 mars !
Découvrez les photos et son interview :

Keira Knightley
Force Vive

A 32 ans, l’actrice a atteint le statue hautement désirable de superstar. L’éggérie du parfum Coco Mademoiselle de Chanel en profite pour porter une parole engagée. Rencontre.

On rencontre Keira Knightley dans un studio du nord de Londres, où -surprise- le shooting a pris de l’avance. Tout est allé très vite, malgré une otite à l’oreille droite. Elle commence par s’excuser car elle n’entend pas bien, du coup. Mais nous n’aurons pas à crier: Keira parle à bâtons rompus. Drôle, souriante, enthousiaste, elle répond à nos questions sans retenue. On en oublierait presque qu’elle est une star à la si longue carrière, célèbre depuis plus d’une décennie de Hollywood à Broadway, et plusieurs fois nommée aux Golden Globes. Cette année, l’actrice interprètera Colette dans un film de Wash Westmoreland (la date de la sortie française est encore inconnue), et jouera la Fée Dragée à l’automne dans l’adaptation de «Casse-Noisette» par Disney. Bref, Keira sait ce qu’elle veut, et n’a pas peur de le revendiquer.

ELLE : Vous avez déjà déploré le manque de rôles intéressants dans les films qui se déroulent aujourd’hui. Est-ce toujours le cas ?
Keira Knightley: Je parlais pour moi. Je trouve systématiquement les personnes qu’on me propose dans les films d’époque plus intéressants mais toutes les actrices ne sont pas de mon avis. En ce moment, je travaille sur un long(métrage qui se passe en 2003 : c’est peut-être en train de changer pour moi : Par ailleurs, il y a toujours beaucoup moins de premiers rôles pour les femmes. Dans les productions britanniques et américaines, pour trois rôles parlés masculins, il n’y en a qu’un féminin! Et ce ratio est encore plus grand que les femmes sont issues de minorités.

ELLE. L’américaine Ellen Pompeo a récemment déclaré que, en tant qu’actrice, elle n’avait pas de pouvoir sur le plateau. Est-ce quelques chose que vous ressentez ?
K.K. Oui, pendant le tournage, le pouvoir est être les mains du réalisateur et du producteur. Bien sûr, vous avez le contrôle de votre propre espace créatif, mais c’est infime.

ELLE. Votre expérience vous donne-t-elle une forme de pouvoir ?
K.K. J’ai conscience d’avoir beaucoup de chance dans ma carrière. Ce qui m’a permis de créer mon propre chemin et de mener la vie que je voulais. Après, Pirates des Caraïbes, j’ai choisie de jouer dans des films plus confidentiels qui m’ont rapporté beaucoup moins d”argent mais qui étaient des expériences enrichissantes, avec des équipes plus petites, des tournages plus intimes. Je me suis emparée de ma carrière, alors que j’avais la sensation de ne rien gérer. Oui, finalement, on peut dire que c’est une sorte de pouvoir.

ELLE. Avoir du pouvoir, c’est également savoir dire non ?
K.K. Oui. Chaque année, je reçois environs une vingtaines d’offres, j’en accepte uniquement une ou deux. Et je suis très claire sur ce que je veux dire. C’est l’avantage de la trentaine, on ose dire non. Pour les scènes de sexe de ou nu par exemple, je refuse plus souvent que je n’accepte. Je suis toujours écoutée. Il m’arrive de demander qu’on fasse appel à une doublure, de filmer la scène différemment ou de la couper. J’ai besoin d’être à l’aise pour la meilleure possible, donc je suis toujours honnête. Cela ne me coûte pas mes rôles, j’ai énormément de chance.

ELLE. De nombreuses actrices prennent la parole sur des sujets de société : le harcèlement sexuel, les inégalités salariales, le jeunisme ou encore l’écologie. Selon vous, est-ce le rôle des comédiennes ?
K.K. Le plus important est que les femmes en général parlent car le silence est dangereux. Il faut que nos histoires sont dites et entendues. Les actrices ont accès à une plateforme médiatique que d’autres n’ont pas. Du coup, elle se sont emparées du mouvement #MeToo, mais il concerne toutes les femmes de tous les âges et de toutes les origines. Comme pour les inégalités salariales.

ELLE. N’avez-vous pas peur d’un retour de bâton ? Souvenez-vous de la polémique autour de Catherine Deneuve…
K.K. Non, je donnes des interviews depuis si longtemps. On ne peut que répondre honnêtement mais on peut pas plaire à tout le monde. Ce qui importe, c’est la discussion. Bien plus que si mon point de vue est le même que le vôtre. C’est un moment où nous sommes en train de chercher des solutions. La pluralité des voix est nécessaire.

ELLE. Certaines actrices ont déclaré qu’elles négociaient ensemble leur salaire de façon à obtenir un montant plus important pour les moins connues d’entre elles. Les choses bougent-elles ?
K.K. Oui, certaines des collectifs d’actrices outre-Atlantique se créent. C’est inédit. J’ai l’impression que jusqu’à présent chacune évoluait dans son propre écosystème. Nous prenons conscience qu’il fau que l’on partage nos expériences pour être en sécurité. Effectivement, c’est aussi applicable à nos salaires. Évidemment, à job égal tout salaire devrait être égal. Mais ce n’est pas le cas. Concrètement, cela commence au cours des discussions avec nos agents : “Tu sais combien untel gagne… A combien tu me négocies?” Dans l’industrie du cinéma, on a appris aux femmes à se taire et être reconnaissantes. Et c’est le cas dans d’autres domaines. C’est bien d’avoir conscience de sa chance, mais les hommes sont-ils aussi reconnaissants ? Je ne pense pas. Nous devrions nous faire entendre.

ELLE. Vous avez déclaré que vous espériez que votre fille ne devienne pas actrice. Pourquoi ?
K.K. J’adore jouer, j’ai pu gagner de l’argent et voyager grâce à mon travail, j’en suis très heureuse. Mais ce n”est pas un environnement bienveillant. Il faut avoir al peau dure, comme ailleurs. Sauf que cela se passe en public. Je ne souhaite pas que ma fille ait à vitre les jugements publics que j’ai vécus. Si c’est ce qu’elle souhaite faire, je la soutiendrai à 100%. Mais si elle voulait faire quelque chose d’autre, j’adorerais aussi.

ELLE. Vous avez récemment interprété Colette. Pour une actrice, jouer une telle rebelle, ce doit être de l’or…
K.K. Oui. C’est une écrivaine extraordinaire, et quelle vie ! J’ai été enthousiaste dès la lecture du script. J’avais vu quelques images d’elle mais je ne savais rien de son premier mariage, période sur laquelle le film se concentre. Ce dernier raconte sa relation avec son époux Willy et le fait qu’il s’approprie son travail. Et, surtout, comment Colette trouve sa propre voie sans lui. C’est un rapport de force passionnant : il est bien plus connu qu’elle au début et, peu à peu, ça s’inverse. Et, bien sûr, la recherche de son propre plaisir auprès de multiples amant(e)s est fascinante.

ELLE. Ce sont des problématiques contemporaines…
K.K. Oui, de manière très claire. Nous n’avons pas encore atteint le point où cette question serait dépassée. De nombreuses femmes peuvent aujourd’hui s’identifier à elle, s’identifier à ce besoin de sa battre pour trouver sa voie sentimentalement, sans être aussi extrême que dans le film.

ELLE. Votre petite fille, Edie, est âgée de 2 ans et demi. Devenir mère, qu’est-ce que cela a changé pour vous ?
K.K. Plus rien n’est pareil : ma vie quotidienne, ma vie amoureuse, ma vie sociale, mon corps, la façon dont je pense, dont je manger, dont je dors… C’est extraordinaire. On passe par des moments de destructions pour reconstruire notre vie. Ceci dit, ma fille se réveille toujours la nuit… Ce serait génial de vivre ça avec un peu plus de sommeil. Mais je ne perds pas espoir !

ELLE. Vous menez une carrière internationale, vous avez joué à Broadway, mais vous habitez à Londres…
K.K. J’ai vécu à Los Angeles et à New York dans l’idée que j’allais peut-être m’y installer… Puis j’ai réalisé que j’avais toujours voulu rentrer en Angleterre. J’adore voyager, mais Londres, c’est chez moi. C’est devenu une évidence à la naissance de ma fille. Pouvoir passer un coup de film aux grands-parents pour du baby-sitting est une vraie chance. J’habitais à New York quand ma fille était bébé et je me suis dit : ” J’ai besoin de ma mère!”

ELLE. Vous travaillez avec Chanel depuis plus de dix ans. A quoi tient cette longévité ?
K.K. J’en suis toujours surprise et ravie! Je pensais que cela durerais un an mais cela fonctionne très bien. J’adore l’histoire de Gabrielle Chanel. Et j’ai de la chance de découvrir un univers que je ne connais pas bien : comment on crée des bijoux, un parfum… C’est un privilège.

ELLE. Qu’est ce qui vous plaît chez Gabrielle Chanel ?
K.K Je vois des similitudes avec Colette : c’est une survivante, qui trace son chemin. Moralement, elles étaient sans doute peu agréables, mais franchement, on s’en fiche, non ? Elles devaient être terrifiantes, mais ce sont des éclaireuses.


Comment section
2018/03/08 11:30

Merci pour la retranscription de l’article.
Les photos sont magnifiques !!!

2018/03/08 14:01

Avec plaisir ! Merci à vous !

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